La campagne d’Espagne 1810-1814

samedi 13 décembre 2008


Sans mauvais jeu de mots, c’est la période sombre de l’histoire de la Schwarze Shar. Elle est mal vue par ses alliés ; les britanniques l’a surnomme Brunswick Owls, les « hiboux du Brunswick » pour Brunswicks Oëls Jügers, le nom officiel depuis 1810. Un autre témoignage présente les brunswickois « fiers comme des espagnols en factin ou des dindons dans une cour de ferme ». Et pour clore le chapître, Wellington déclare en 1811 à leur sujet : « Les hommes sont généralement très vieux ou très jeunes et assez maladifs ; leur discipline est très mauvaise et face à l’ennemi, les désertions sont nombreuses... Je ne suis pas très regardant sur les troupes ; j’en ai de toutes sortes et de toutes nationalités, mais en Espagne, les allemands de notre armée passent pour des anglais et il n’est réellement pas flatteur d’être un soldat de la même nation que ces gens là ». Jolie descente en flammes !

Le recrutement explique à lui seul, une partie des suspicions diverses qui entourent les brunswickois. En effet, coupé de ses bases, le duc ne peut recruter que des prisonniers de guerre, germanophones de préférence, désireux d’éviter les pontons de Cadix et jugés trop mauvais pour la King German Légion ! Ajoutons à cela, l’éloignement des « vrais » brunswickois de leur patrie, le climat, la tendance des britanniques à mépriser tout allié en général et l’on comprend que des troupes brillantes en Allemagne, firent tout juste leur devoir en Espagne.

Organisée sur le modèle britannique en un régiment de bataillon mais à 12 compagnies, l’infanterie brunswickoise débarque à Lisbonne le 8 octobre 1810.

Initialement affectée à la brigade Packenham, division cole, elle est rapidement versée dans la division légère de Crauford. Elle y poursuit Masséna depuis Torres Vedras et participe successivement aux combats de Santaren le 19 novembre, de Redinha le 12 mars 1811, Casa Novo le 14 et Foz d’Aronce le 16 mars. En avril 1811, le régiment quitte la division légère : neuf compagnies rejoignent la brigade Van Alten de la 7ème division, nouvellement formée, une compagnie va à la 4ème division du général Lawry Cole, (brigade Ellis), deux compagnies vont à la 5ème division du général Leith (une à la brigade Gréville, l’autre à la brigade Pringle). Au passage, signalons que la 7ème division est un mélange assez étonnant ; la brigade des brunswickois, par exemple, comporte aussi le 85ème de Ligne britannique, uniforme rouge, le 2ème Casadores portugais, en marron, et les Chasseurs britanniques - des français émigrés - en vert foncé.

Le premier engagement sérieux de la 7ème est Fuentes de Onoros. A droite du dispositif allié, elle reçoit la division Marchand de plein fouet et est repoussée sur les lignes de défenses arrières de Wellington. Les brunswickois y perdent 18 hommes dont 10 déserteurs ! Après la bataille, la 7ème division part pour l’Extrémadure où elle participe au premier siège de Badajoz : un échec.

En 1812, elle se retrouve de nouveau devant cette ville et cette fois, c’est le succès. La ville est prise, saccagée serait mieux dire car pendant deux jours, les britanniques s’y livrent à de terribles pillages, « dignes » des continentaux ! C’est peut-être cette action d’éclat qui fit dire aux espagnols qu’il fallait pendre les anglais avec les tripes de français, à moins que ce ne soit l’ivresse !

Retour aux batailles « propres », avec Salamanque ou Los Arapiles, le 22 juillet 1812 ; victoire britannico-portugaise, pas un brunswickois au tapis. Nouvel engagement et nouvelle victoire à Vitoria, le 21 juin 1813, peu de casse chez les « noirs ». Puis viennent une succession d’engagements de moindre importance : Maya et Ronceveaux le 25 juillet, 1ère et 2ème bataille de Sorauren les 28 et 30 juillet, prise de San Sébastian le 31 août.

Au moment de la bataille de la traversée de la Bidassoa, le 7 octobre, une compagnie des Brunswick Oëls est transférée de la 7ème à la 1ère division. Elle y combat aux côtés de ceux de la 4ème division. A la bataille de Nivelle, le 10 novembre, c’est au tour de la 7ème division d’être engagée, elle compte alors dans ses rangs 457 soldats et 42 officiers du Brunswick. Le 9 décembre, elle retourne au charbon pour la bataille de la Nive avec la 5ème qui, elle, joue les prolongations les deux jours suivants. La dernière bataille de la campagne où sont engagés les « noirs » est Orthez, le 27 février 1814, avec à nouveau la 7ème. Les brunswickois subissent là leurs plus grosses pertes.

Sur l’ensemble de la campagne, l’infanterie de Brunswick perd au combat 252 hommes et officiers dont 53 déserteurs.

Les hussards débarquent en Espagne, à Alicante, en juillet 1813, forts de deux escadrons. Membre d’un corps expéditionnaire plutôt disparate où britanniques, portugais, espagnols et italiens se cotoyent, ils sont en outre commandés par Sir John Murray, un général incapable, comme savent en produire les britanniques. Après un excellent début, l’expédition sensée conquérir la côte orientale de l’Espagne tourne rapidement en eau de boudin, par manque entre autres de moyens de transports non prévus dès le départ. Devant le glorieux résultat, le commandant est traduit en Cour Martiale !

En août 1813, nous retrouvons nos vaillants hussards dans la brigade Bentinck, toujours sur la côte est de l’Espagne. Ils comptent alors dans leurs rangs, 258 cavaliers et 18 officiers. Aux combats de Villa Franca, le 13 septembre, leurs pertes s’élèvent à un officier et huit soldats tués, deux officiers et 24 cavaliers blessés pour 18 déserteurs ! Après cette rencontre, les opérations sur le front diminuent, et nos hussards sont envoyés en Sicile pour participer à sa reconquête.

Pour en finir avec cette campagne d’Espagne, ajoutons que l’artillerie est, semble t-il, versée dès 1810 dans l’artillerie de la King German Legion ou dans la batterie dite « étrangère ».

Le 25 décembre 1814, les Brunswicks Oëls Jügers quittent le service britannique pour retourner à leur armée d’origine. Curieusement, les hussards restent au service de Londres jusqu’au milieu 1815, ceci ne pouvant s’expliquer que par le manque flagrant de cavalerie légère dans les rangs britanniques.


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