Géricault, peintre.
Théodore
(Rouen, 1791 - Paris, 1824)
Classique et romantique, réaliste et poétique : l’auteur du Radeau de la Méduse, au génie inclassable, est l’un des très bons peintres de son temps. Géricault est né à Rouen en 1791 dans une famille de la bourgeoisie aisée. Son père ayant obtenu un poste à Paris, il poursuit de médiocres études au lycée impérial, plus occupé par les chevaux que par sa propre scolarité.
A sa sortie du lycée en 1808, profitant de la fortune qu’il tient de sa mère, il décide de se consacrer à la peinture et entre dans l’atelier alors très couru de Carle Vernet, peintre de chevaux, puis dans celui de Guérin qui formera toute une génération de peintres romantiques (Delacroix).
Au Musée Napoléon, l’actuel Louvre, il copie les grands peintres des siècles précédents. L’ampleur baroque de Rubens le fascine et ses camarades d’atelier, pour se moquer de lui, le surnomment le "cuisinier de Rubens".
Au Salon de 1812, Géricault expose pour la première fois. La critique accueille favorablement son Portrait équestre d’un officier de chasseur à cheval (Louvre), tableau qui est récompensé par une médaille d’or. Par la hardiesse du mouvement, la solidité de la composition et les effets de lumière, cette figure d’un soldat de l’Empereur exprime à elle seule la gloire des brillantes années napoléoniennes. Mais l’apogée de l’Empire est si brève que dès 1813, avec le commencement de la fin, Géricault cherche plutôt à traduire des sentiments de ruine et de défaite qu’il rend dans le Cuirassier blessé quittant le feu (Louvre).
En 1814, à la première Restauration, malgré ses sympathies napoléoniennes, il rejoint le camp royaliste et s’engage dans les mousquetaires rouges du roi qui escortent Louis XVIII dans son exil à Gand durant les Cent-Jours (1815). En 1816, pour fuir les embarras d’une liaison amoureuse avec une femme mariée, il part en Italie. Il visite Florence et Rome, dessine d’après l’antique, Raphaël et surtout Michel-Ange qu’il admire par dessus tout. A Rome, il se lie avec Delacroix et Ingres.
En 1817, à son retour à Paris, il s’installe rue des Martyrs, dans le quartier de la "Nouvelle Athènes" et prend un atelier voisin de celui de son ami Horace Vernet, le fils de Carle. Il se consacre à la lithographie, un nouveau mode d’expression qui commence à se développer. Mais entre le printemps 1818 et août 1819, c’est surtout l’éxécution du Radeau de la Méduse qui accapare toute son énergie. Exposé au Salon de 1819, cette œuvre monumentale de 35 m2 fait scandale. Epuisé par un tel travail et découragé par cet échec, il quitte Paris et se rend à Londres au printemps 1820.
Il y fait la connaissance de Lawrence et s’enthousiasme pour Constable. Son séjour outre Manche se révèle fructueux. Avec la Course de chevaux à Epsom (Louvre), il essaie de rendre en peinture un instantané. Sur le chemin du retour en France, il passe par Bruxelles pour saluer le grand David. Diminué par un accident de cheval dont il ne se remettra jamais, il réalise ses derniers tableaux, des portraits de fous, comme Le fou assassin (Gand) et projette deux gigantesques toiles, la Traite des noirs et l’Ouverture des portes de l’Inquisition. La mort, le 26 janvier 1824, l’empêche cependant de réaliser ses projets et il laisse une œuvre immense mais malheureusement inachevée.
Le génie de Géricault échappe à toute classification stricte ; il est à la fois classique et romantique, réaliste et poétique. Il appartient à cette "génération ardente et nerveuse" comme le dira Musset, que l’épopée napoléonienne devait profondément marquer.