Fouché Joseph, duc d’Otrante, Homme politique français.
Joseph, duc d’Otrante, Homme politique français.
(Pellerin, (Loire), 1763 - Trieste, 1820)

Ministre de la Police sous le Consulat et une partie de l’Empire. C’est à ce régicide, véritable génie de l’intrigue (Lamartine) que Louis XVIII remet le portefeuille à la Restauration.
De santé fragile, Fouché est placé au collège des Oratoriens de Nantes, où il devient professeur. Il suit avec intérêt les événements de la Révolution, et s’inscrit au club des Amis de la Constitution de Nantes. Il abandonne sa chaire de philosophie pour la robe d’avocat et se marie.
En 1792, député à la Convention, il vote la mort de Louis XVI. En mission dans la Nièvre en 1793, il est l’âme du mouvement anti-religieux. Avec Collot d’Herbois, il est nommé par la Convention pour réprimer l’insurrection lyonnaise.
Devenu l’ennemi de Robespierre, il louvoie entre les différents partis et parvient à se maintenir à des postes importants pour être finalement exclu de la Convention en août 1795. Il se tient dans l’ombre, soigne ses relations, notamment avec le Directeur Barras : en échange de renseignements, ce dernier lui permet de s’enrichir en détournant les fonds de l’armée d’Angleterre.
Le 20 juillet 1799, il devient ministre de la Police. Quelques mois plus tard, ce familier de Joséphine, de Lucien, de Joseph, est présenté au général Bonaparte. Fouché avance deux millions de livres pour la préparation du 18-Brumaire. Il conservera son portefeuille pendant presque tout le Consulat et l’Empire.
La mission, telle que la définit Fouché lui-même, est simple : "veiller sur tous et sur tout", c’est-à-dire accumuler l’information, qu’il s’agisse de crimes ou de délits, de complots, de tentatives d’attentats, de commerce, de maisons de jeux, de journaux. Fouché a compris que c’est l’information qui donne le pouvoir. Il en achète, par des agents, des informateurs, des truands mouchards. Ou il s’en procure, en décachetant des lettres. Il est efficace. Son fichier secret inquiète.
Le 13 septembre 1802, Fouché, critiqué par Talleyrand, son ennemi de toujours, et les frères de Bonaparte, est congédié, le ministère est dissous.
Fouché mène alors une vie rangée. Il est parfois appelé aux Tuileries pour faire entendre son avis. Mais l’affaire du duc d’Enghien (1804) le rétablit dans ses fonctions. Fouché réorganise tout le système judiciaire. Il dispose de trois chefs d’arrondissement, dont Réal, des commissaires, des directeurs mais pas d’agents en uniforme. Ses différents services sont cloisonnés. Seul organe de liaison : un bulletin quotidien que l’Empereur ne manque jamais de lire.
Napoléon, conscient de l’intelligence et la finesse de son ministre, oscille entre confiance et méfiance. Confiant, il lui remet le ministère de l’Intérieur en 1809, quand il s’absente pour la campagne d’Autriche. Méfiant, il le lui reprend quand il comprend quels pouvoirs il met entre ses mains. Fouché, comme Talleyrand, pressent le déclin de l’Empire dès 1810 et prend des mesures en conséquence. Napoléon en a vent par sa police chargée de surveiller sa police. Le 3 juillet 1810, Fouché est neutralisé et fait l’objet d’une étroite surveillance. En 1813, il est envoyé dans les provinces Illyriennes avec le titre de gouverneur. Chassé par les Alliés en octobre, il se rend auprès de Murat, à Naples.
A la première Restauration, le comte d’Artois, frère du roi, lui propose le ministère ; le régicide refuse le pouvoir des mains de Louis XVIII. Il sait - c’est son métier de savoir - que Napoléon n’est plus à l’île d’Elbe. Quand l’Empereur arrive aux Tuileries, il y trouve le ministre de la Police. A ce poste, Fouché prépare secrètement l’après-Napoléon. Il est en correspondance avec Metternich, ménage les royalistes.
Après Waterloo, le 18 juin 1815, le ministre use de son influence pour hâter l’abdication, faire oublier Napoléon II, favoriser le retour des Bourbons. Il se fait nommer président de la Commission de gouvernement. Le 6 juillet, il s’entretient avec le Roi. Une ordonnance lui remet à nouveau le portefeuille de la Police. Le 8 juillet, appuyé au bras de Talleyrand, image rendue fameuse par le mot de Chateaubriand "le vice au bras du crime", Fouché le régicide prête serment à la royauté.
Les ultra-royalistes, qui font alors régner la "Terreur Blanche" ne peuvent le tolérer au sein du gouvernement. Talleyrand obtient que son ancien ennemi soit placé à la Cour de Saxe. Fouché à peine parti, la Chambre vote son bannissement, en janvier 1816.