Evolution de l’infanterie

samedi 21 février 2009
par emmanuel desanois


ORGANISATION EN 1805

Au début de 1805, le bataillon comprend 1 compagnie de grenadiers et 8 de fusiliers. A la fin de l’année, l’une des compagnie de fusiliers est convertie en compagnie de voltigeurs. Le régiment comprend 2 bataillons de guerre et 1 bataillon de dépôt (conscrits à l’instruction), ce dernier ne comprenant que ses compagnies de fusiliers ? La compagnie est en théorie à l’effectif de 123 hommes ; dans la réalité, elle en compte rarement plus de 80.

Dans l’infanterie légère, l’organisation est rigoureusement la même ; simplement on dit « carabinier » au lieu de « grenadier » et « chasseur » le plus souvent au lieu de « fusilier ».

En dehors des régiments « normaux » d’infanterie de ligne ou d’infanterie légère, l’armée de 1805 compte un certain nombre de corps particuliers, en général d’origine étrangère :

- 4 régiments suisses à 4 bataillons, chacun de 10 compagnies (environ 80 hommes par compagnie), - la Légion Irlandaise, à 2 bataillons, - le régiment étranger de la Tour d’Auvergne, à 2 bataillons, - la Légion Hanovrienne, à 2 bataillons, constituée à l’origine lors de l’invasion du Hanovre par l’armée française en 1803 - cette troupe servira plus tard en Espagne dans le VI° Corps, - la Légion du Midi, régiment de ligne à 2 bataillons d’origine piémontaise, qui servira aussi en Espagne dans le VI° Corps, - les tirailleurs du Pô, également piémontais, régiment d’infanterie légère à 2 bataillons, généralement associé au bataillon léger des Tirailleurs Corses - ces deux corps s’illustreront en 1809 à EBERSBERG, dans le IV° Corps de l’armée d’Allemagne sous MASSENA.

En 1805, et en dehors même de la Garde, l’Empereur dispose d’une troupe de choc, la division des « Grenadiers réunis » d’Arras, commandée par le futur Maréchal OUDINOT. Composée uniquement de compagnies de grenadiers (ou de carabiniers) séparées de leur bataillon d’origine, cette division comprend 2 brigades, chacune à 2 régiments de 2 bataillons. Chaque bataillon est à 8 compagnies d’un peu plus de 80 hommes chacune.

Enfin, une certaine crise de la remonte donne l’idée à NAPOLEON d’utiliser pour le service à pied, un certain nombre de dragons. Une division est formée sur le Rhin en août 1805 : chacun des 24 régiments du corps des dragons (dont BARAGUEY D’HILLIERS est le Colonel Général) donne 1 escadron. Ils sont formés en 4 régiments de 2 bataillons, à raison de 3 escadrons par bataillon (300 hommes par escadron, soit environ 7 200 hommes en tout pour 1 division). Cette formation sera d’ailleurs particulièrement provisoire : ULM, puis la conquête des Etats héréditaires de la Maison d’Autriche fourniront des chevaux pour ces cavaliers qui, dûment remontés, rejoindront leurs corps d’origine pour y servir ... à cheval.

Finissons-en tout de suite, d’ailleurs, avec les dragons en service à pied : une résurgence se manifestera en septembre 1806, pendant la campagne de Prusse. 2 régiments à 2 bataillons seront rattachés à la Garde ; ils sont issus de divers régiments en campagne en Allemagne. La débâcle de la monarchie prussienne leur permettra d’être très vite remontés avec d’excellents chevaux prussiens ou saxons, voire hessois.

En résumé, en décembre 1806, alors que la campagne de Prusse s’achève, et à l’orée de la campagne de Pologne, l’infanterie française en Allemagne représente 61 régiments : 18 sont à 3 bataillons de guerre, les autres à 2 bataillons.

LA REFORME DE 1808

Un décret impérial du 18 février 1808 vient modifier profondément l’organisation de l’infanterie. Le bataillon est dès lors, formé de 4 compagnies de fusiliers (ou de chasseurs dans l’infanterie légère), 1 de grenadiers (ou de carabiniers) et 1 de voltigeurs. Le régiment est théoriquement formé, en conséquence, de 4 bataillons de guerre et 1 de dépôt (compagnies de fusiliers seulement) ; dans les faits, il y aura rarement avant 1812, plus de 3 bataillons de guerre. Dans tous les cas, la compagnie d’infanterie arrivera à 140 hommes sur le papier, soit un peu plus de 120 sur le terrain, dont 121 soldats, le restant de l’effectif étant fourni par les officiers (3), les sous-officiers et les caporaux et les 2 tambours. Ceci représente un régiment de 3 9710 hommes dont 108 officiers.

Aux régiments français et aux troupes étrangères déjà répertoriées s’ajoute maintenant la Légion de la Vistule, formée début 1807 en Westphalie à partir des restes de la Légion italique de DOMBROWSKI : ce sont 3 régiments d’infanterie à 3 bataillons, sur le modèle français, auxquels s’ajoute un régiment de lanciers. Ce corps, à recrutement bien entendu polonais, sera envoyé en Espagne dès 1808.

FORMATIONS EN ESPAGNE

C’est précisément en Espagne que vont apparaître à partir de 1808 de nouveaux régiments. En effet l’aventure espagnole commencera d’une part avec le « 1° Corps d’Observation de la Gironde », qui sous JUNOT entrera au Portugal pour se faire battre à VIMEIRO par le futur duc de WELLINGTON, et qui se compose de « vieux » régiments aux cadres cependant remplis de conscrits, mais aussi d’autre part, de deux autres Corps de formation moins classique.

Le premier, le « 2° Corps d’Observation de la Gironde », connaîtra une triste fin sous DUPONT à BAILEN. Il était formé pour l’essentiel à partir des « Légions de réserve », créées au début de 1807. Ces légions, au nombre de 5, avaient chacune 6 bataillons de 8 compagnies (chacune de 160 hommes en théorie, plutôt 120 en pratique). Le Corps de DUPONT comprenait 10 bataillons issus de ces Légions, augmentés de 2 bataillons de la Garde Municipale de Paris, de 5 bataillons d’infanterie légère et de 4 bataillons suisses. Le second, dit « Corps d’Observation des Côtes de l’Océan », fut formé initialement pour assurer les communications de JUNOT et de DUPONT avec la France (fin 1807 - début 1808). Il était créé à partir de la « Division provisoire de Réserve » composée de compagnies issues des bataillons de dépôt de divers régiments en occupation en Allemagne. En juillet 1808, ces troupes furent définitivement détachées de leur régiment d’origine et formèrent de nouveaux régiments de ligne numérotés de 113 à 120. Puis en 1809, les débris des Légions de Réserve servirent à la constitution des Régiments de ligne n°121 et 122.

Notons enfin la création, toujours en Espagne, en août 1808, de 34 compagnies de « chasseurs de montagne » destinées à garder les communications et à opérer sur les arrières de l’ennemi. Ces compagnies seront constituées en 1811 en 3 régiments, qui seront eux-mêmes début 1814 dissous et incorporés dans l’infanterie légère.

FORMATIONS DE 1810 - 1811

Lors de l’annexion du Royaume de HOLLANDE à la France, en 1810, les 6 régiments d’infanterie de ligne hollandaise formeront les régiments français de ligne n°123, 124 et 125 pendant que les 2 régiments légers formeront le 33° léger français. Ces unités seront marquées par la malchance, puisque le 124° sera incorporé en 1814 au 25° de ligne, le 125° sera purement et simplement dissous en 1813, et le 123°, de son côté ne survivra qu’en se voyant incorporé en 1813 au 126° de ligne, formé lui aussi en 1810 et marqué par la même malchance.

En 1811, l’annexion à la France de la côte Nord-Ouest de l’Allemagne se traduisit elle aussi par la création de nouveaux régiments d’infanterie de ligne : 127° ? 128° (dissous en 1814), le 129° (incorporé en 1813 aux 127° et 128°). Par parenthèse, ces destinées erratiques montrent bien quel était le taux de désertion que l’on pouvait attendre en général de ces unités « françaises malgré elles » ...

Enfin, pour l’invasion de la Russie en 1812, les 4 régiment pénaux français reçurent des numéros dans l’infanterie de ligne : 130°, 131° (Rgt de Walcheren), 132° (Isle de Ré), 133° (Méditerranée).

En définitive, cette invasion concernera :
- 42 régiments d’infanterie de ligne,
- 11 régiments d’infanterie légère,
- 4 régiments suisses,
- 4 « régiments étrangers de l’armée française »,
- et 12 autres régiments étrangers soldés par la France (Espagnols, Portugais, Croates, Illyriens et Polonais de la Vistule).

Les régiments français stationnés en Allemagne (1° Corps de DAVOUT) sont à 5 bataillons de guerre, les autres en général à 4 ou même 3 bataillons.

LA REORGANISATION DE 1813

Après la désastreuse retraite de MOSCOU, l’Armée devrait être réorganisée complètement à partir des survivants, de troupes tirées d’Espagne et aussi, pour l’essentiel même, de conscrits. Ceux-ci vinrent remplir les rangs, encadrés par des vieux routiers des campagnes précédentes, mais ils servirent aussi à former de nouvelles unités.

En particulier les cohortes de la Garde Nationale furent, au début de 1813, organisées en 88 bataillons qui formèrent 22 régiments d’infanterie de ligne numérotés de 135 à 156 (le 134° ayant formé à partir de la Garde de Paris). 3 de ces régiments (146°, 147°, 148°) seront dissous dès la fin de l’année. Toutes ces troupes furent organisées de la manière classique, en régiments à 4 bataillons en principe, le bataillon à 6 compagnies (1 de grenadiers, 4 de fusiliers, 1 de voltigeurs). Il faut cependant noter que l’effectif réel des compagnies dépassait rarement les 80 hommes.

A noter enfin, en janvier 1813, la formation de 4 régiments dits « de marine » et composés d’artilleurs de marine tirés des ports de la côte et reconvertis en fantassins - en remarquables fantassins d’ailleurs, comme ils le montrèrent dans le corps de MARMONT, à LUTZEN et à LEIPZIG en particulier. Ils étaient organisés en 4 régiments, chacun à 4 bataillons de 4 compagnies (160 hommes par compagnie) suivant un système plus proche de celui de la Jeune Garde que de celui de la Ligne.

Cette armée réorganisée tant bien que mal, combattit en Allemagne en 1813 d’abord, puis en France en 1814 jusqu’à la première abdication de l’Empereur.

LES CENT-JOURS

Dès son retour de l’Ile d’Elbe, NAPOLEON entreprit bien entendu de manière prioritaire de remettre l’armée sur un pied respectable. Au moment de WATERLOO sa tâche était loin d’être achevée : l’infanterie comptait 90 régiments de ligne, 15 régiments légers et 4 régiments suisses. Les régiments étaient en général à 2 bataillons, rarement à 3 ; les bataillons comptaient les 6 compagnies désormais classiques, mais celles-ci dépassaient rarement 80 hommes.

Les projets ultérieurs, qui ne purent être réalisés faute de temps, auraient amené 20 régiments de marine (suivant le même principe qu’en 1813) et 200 bataillons de gardes nationaux, ceux-ci avec une organisation très particulière : pour chaque bataillon, étaient prévues 2 compagnies de grenadiers et 2 de voltigeurs, toutes à 120 hommes et pas de compagnies de fusiliers.


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